Promotion Nouveau Bahut
ESMIA / 1945-1947
8e série - 132e promotion de Saint-Cyr - 1e promotion ESMIA
Commandant de bataillon - Cba François de Tarlé
Père Système - Slt Bernard Moinet
Major de promotion - Slt Pierre Laurent
Effectif de la promotion
La promotion comptait 778 élèves officiers dont 350 venus du concours direct et 428 des Corps de Troupe.
Origine et faits marquants
La promotion "Nouveau Bahut" comprend les élèves issus du concours directet du concours réservé aux sous-officiers, ils forment une seule promotion. Le nom de promotion évoque la nouvelle implantation de l'Ecole sur le camp de Coëtquidan en Bretagne sur la commnune de Guer (56380), le Vieux Bahut était l'Ecole située à Saint-Cyr-l'École dans les Yvelines (78210).
La promotion "Nouveau Bahut" est la première promotion à élire le Père Système et inaugure le gala au Palais de Chaillot, au cours du voyage traditionnel à Paris. Il est donné au profit des familles d'officiers morts en Indochine. Au cours du gala, les élèves qui doivent sortir aspirants, font couper par le général de Lattre les sabords de leurs galons. Ils sont désormais aspirants/sous/lieutenants avec une solde de sergent-major.»
La promotion Nouveau Bahut" verra 84 des siens tomber au champ d'honneur. Tous donneront leur vie dans les rizières et pitons d'Indochine et aussitôt après au djebels d'Algérie.
Informations : Général Pierre Gourmen, co-auteur de "Saint-Cyr, l'Ecole spéciale militaire, page 359, éditions Lavauzelle 2002"
Chronologie
- 25 au 27 novembre 1945 : Incorporation de 350 élèves issus du concours de 1945. L'incorporation a lieu au Centre d'Organisation de l'Infanterie N° 104 d'Angers. Ils signet un engagement de 8 ans.
- 14 décembre 1945 au 14 mars 1946 : Stage pour suivre un peloton de sous-officiers sur le Camp de Ruchard sous le commandement du Chef de Bataillon de Tarle. Les élèves sont nommés au grade de Sergent, Caporal-chef et Caporal.
- Avril à août 1946 : Stage dans un Corps de troupe d'Infanterie.
- 1er septembre 1946 au 30 novembre 1946 : Stage à l'École des Cadres de Rouffach commandée par le Colonel Rouvillois.
- 1er décembre 1946 : Incorporation à l'Ecole Militaire Interarmes (EMIA) de Coëtquidan. L'École est commandé par le Général Molle assisté d'un commandant en second, le Colonel Gèze.
- 8 mai 1947 : l'EMIA défile à Paris.
- 23 mai 1947 : l'EMIA devient l'ESMIA - Ecole Spéciale Militaire InterArmes. Le drapeau de l'EMIA est déposé au Musée du Souvenir. Il sera remis en service le 6 novembre 1961.
- 29 juin 1947 : Remise des Casoars, Baptême et Triomphe sur le Marchfeld en présence des anciens de la promotion "Indochine" qui procèdent à la remise des Casoars. Un flambeau est allumé dans les ruines du Vieux Bahut à Saint-Cyr l'Ecole. Inauguration du nouveau Musée du Souvenir.
- 14 juillet 1947 : La promotion "Nouveau Bahut" défile à Paris en Casoar et gants blancs pour la première fois sur les Champs-Elysées.
- 29 août 1947 : Le Maréchal Montgoméry visite l'École accompagné par le Général de Lattre de Tassigny.
- 15 novembre 1947 : Gala de promotion au Palais de Chaillot à Paris.
A la recherche de son école, par le GBR Robert Blin (Nouveau Bahut) - le 22/08/2016
Issue du premier concours d’après-guerre en septembre 1945, la promotion « Nouveau Bahut » connut les premiers aléas dès son recrutement à la caserne Desjardins à Angers le 26 novembre 1945.
Mutisme total sur son avenir : L’Ecole de Saint-Cyr n’existait plus. Occupée par les troupes allemandes elle avait été entièrement détruite par les bombardements alliés avant la libération de Paris. Les Armées se réorganisaient, particulièrement l’Armée de Terre qui devait retrouver son unité et faire face à ses nouvelles missions avec des moyens appauvris.
Incorporés, habillés et constitués en deux compagnies les 270 admis au concours de Saint-Cyr de 1945 effectuèrent leur premier défilé pour la célébration du 2S en s’efforçant de se montrer dignes dans leurs uniformes.
Ignorant totalement leur avenir ils apprirent qu’ils étaient destinés à un stage de formation au grade de sergent de trois mois au camp du Ruchard. Le 15 décembre, transportées en camions les deux unités de Cyrards débarquèrent dans ce camp situé entre Azay-le-Rideau et Chinon. Une lueur d’espoir s’alluma dans tous les cœurs lorsque fut annoncée la présence prochaine de certains des Grands Anciens de la promotion « la Croix de Provence ». Après des circuits différents depuis la fermeture de l’Ecole repliée à Aix en Provence en 1943, ceux-ci devaient se joindre aux jeunes bazars pour leur transmettre les traditions et l’esprit des Saint-Cyr. Lueur d’espoir car un lien semblait s’établir avec le passé glorieux de l’Ecole dont l’implantation demeurait encore incertaine.
Le séjour dans les landes du camp du Ruchard fut une période exceptionnelle dans l’histoire de la Promotion. Celle-ci sortit du stage, durcie, modelée, soudée et animée d’un esprit de dépassement dans le droit fil de l’esprit saint-cyrien. Elle n’en était pas pour autant rassurée sur son avenir.
En ce début de l’année 1946, le Général de Gaulle quittait le gouvernement en désaccord avec les partis politiques au sujet de la nouvelle constitution. La France était à nouveau livrée au régime des partis mais aussi à la pression grandissante du mouvement communiste.
Les problèmes politiques pouvaient sans doute expliquer l’isolement sur les bords de la Vienne des admis au concours de Saint-Cyr. Cependant, grâce à l’encadrement par une élite d’officiers, tous les moyens furent mis en œuvre pour assurer une instruction et un entraînement intensifs et réalistes dans des conditions éprouvantes et exaltantes.
Hors des heures de service, des Anciens des promotions précédentes prirent le temps de « bahuter » les bazars selon les bons usages en vigueur à Saint-Cyr. Par ailleurs le cadre de vie contribua pour une grande part à la cohésion et à la fraternité de la promotion naissante. Les trois mois se passèrent en pleine nature, loin de tout centre urbain, avec pour logement des baraquements sommaires.
Si les Anciens s’évertuaient à forger les caractères en faisant subir les pires avanies, d’autres s’employaient à élever les esprits aux grandes vertus militaires. La grande manœuvre du 30 janvier s’acheva à Chinon où la promotion défila, la tête haute mais en tenue crottée, sous le regard des villageois et gagna les hauteurs en direction du château.
Le commandant de Tarlé qui présidait à la formation des élèves-officiers avait choisi ce site historique de la France profonde pour remettre les fanions aux deux compagnies face au détachement des Anciens en grand uniforme de Saint-Cyrien. Tandis que les plumes des casoars flottaient dans le vent et que le soleil descendait sur l’horizon, la voix du Commandant de Tarlé s’éleva dans un grand silence : « J’ai choisi ce paysage parce qu’il faut parfois de grands horizons pour donner libre cours à la pensée. J’ai aussi choisi ce site parce qu’ici Jeanne d’Arc a commencé sa mission comme vous-mêmes, aujourd’hui, vous entrez dans la carrière au service de la Patrie. Animée par sa foi en Dieu, son idéal d’amour pour la France, sa fidélité au Roi, elle a marché vers son but malgré les embûches, les trahisons ourdies par de bas politiciens et malgré la mort. Vous aussi, vous entamez le long chemin difficile des élites et il vous faudra conserver votre idéal de Saint-Cyrien malgré tous les obstacles qui vous seront opposés aujourd’hui et demain. Que ces fanions soient le symbole de votre unité ! Ils sont d’azur comme la pureté; l’un est rayé d’une bande rouge, c’est le sang de vos Anciens qui ont fait l’histoire de France ».
De retour au camp et après des conférences enrichissantes prononcées par des orateurs de choix, la promotion fut considérée suffisamment forgée pour recevoir non seulement le galon de sergent mais aussi les casoars. Cette dernière cérémonie fut organisée dans la plus stricte intimité par les Anciens avant leur départ en Corps de Troupes.
Ces survivants des combats et même des camps de concentration, avaient bien mérité d’avoir passé le flambeau.
Le 14 février, le Colonel de Ligny, commandant du camp d’instruction, adressa un dernier message aux Jeunes et aux Anciens réunis sur la place d’armes pour la descente des couleurs : « En créant l’Ecole Militaire Interarmes de Coëtquidan, certains ont pu croire ou souhaiter que l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr fût définitivement morte. Comme vous le constatez, il n’en est rien. Ici même, dans ces landes en bordure de la Loire, Saint-Cyr est ressuscité. Il a brillé d’une nouvelle flamme à l’écart des regards indiscrets mais aux tréfonds de l’âme de vos promotions. J’adresse mes adieux aux Anciens très bahutés de « La Croix de Provence », de « La Veille au Drapeau », et de « La Rome et Strasbourg » et je dis aux bazars d’hier, aujourd’hui élèves-officiers de première année : Souvenez-vous des jours vécus au camp de Ruchard ».
En attendant l’entrée à l’Ecole de Coëtquidan promise pour la fin de l’année 1946, la Promotion connut une succession de stages des plus variés. Si celui effectué en Corps de Troupes fut valorisant par l’instruction des conscrits de la classe 46, les autres apparurent comme un véritable détour surprenant dans le cursus de la promotion. Strasbourg puis Rouffach accueillirent les élèves-officiers saint-cyriens. Ces centres faisaient partie des écoles de cadres créés par la 1ère Armée au cours de sa remontée victorieuse vers l’Alsace et sa traversée du Rhin.
Le Général de Lattre avait mis tous ses espoirs dans ces centres pour intégrer les combattants des Forces Françaises Libres et former des élèves-officiers sélectionnés dans les régiments. A Strasbourg on ne parlait que de la « Nouvelle Armée Française » dont le Général de Lattre de Tassigny, Inspecteur Général de l’Armée, contrôlait l’organisation et l’instruction selon des normes nouvelles où le sport tenait la première place.
La venue de la promotion créa un malaise car pour l’encadrement de ces Ecoles, Saint-Cyr n’existait plus et ne représentait plus qu’un passé révolu. Il fallut toute l’énergie du Bureau pour faire valoir l’ identité de la Promotion, et surtout la compréhension et la diplomatie du Général, pour nous faire reconnaître au Ministère de la Guerre dans nos droits.
Réunie à Rouffach la promotion fut admise comme un cas particulier et confiée à un encadrement de choix dont le chef, un polytechnicien, sut redonner un nouvel élan à chacun des sergents saint-cyriens.
Le Général de Lattre de Tassigny suivit avec affection la fin de la formation de la Promotion au cours des derniers mois de l’année 1946. Pour lui, à Coëtquidan, la promotion des Saint-Cyriens devait devenir comme « le levain dans la pâte » au milieu des autres élèves-officiers admis à l’Ecole Militaire Interarmes.
Là il ne tenait qu’à la Promotion née au camp du Ruchard de transmettre l’esprit et les traditions de Saint-Cyr. Au cours d’une de ses dernières causeries avec la Promotion il déclara : « Je tiens à l’École de Saint-Cyr, parce que l’École Spéciale Militaire appartient aux richesses qui ont contribué à la grandeur de la France. Si vous le voulez, Coëtquidan sera bientôt Saint-Cyr »
Le 14 janvier 1947, les élèves-officiers admis au concours de Saint-Cyr de 1945 entraient à l’Ecole de Coëtquidan qui deviendra la nouvelle École de Saint-Cyr sous l’appellation de « École Spéciale Militaire Interarmes ». Ils seront amalgamés aux élèves-officiers Corps de Troupes formant une nouvelle Promotion de près de 800 aspirants à l’épaulette.
GBR BLIN Robert (Nouveau Bahut)
Note : A la sortie de l'École, les élèves issus des CT (Corps de Troupe) ne sont nommés qu'aspirants. Il faudra attendre octobre 1949 et le Triomphe de la promotion "Rhin et Danube" pour que tous soient nommés sous-lieutenants.
Récit : "l’attaque du T.I.V."
Extrait du bulletin de la promotion des Élèves à l’École Spéciale Militaire Inter-Armes. Source : Site Internet "Pays de Guer Coëtquidan & Brocéliande - Histoire - Culture- Patrimoine.". Avec l'aimable autorisation de Jean-Charles Caillard, responsable de ce site très riche en histoire et patrimoine militaire - à visiter absolument.
Chant de la promotion Nouveau Bahut (interprété par la Bigeard
Chant de Promotion Nouveau Bahut
Landes bretonnes.
I
Le vent du large fait claquer nos couleurs
Et vient remplir de joie plus pure nos coeurs.
Refrain
Landes bretonnes, écoutez chanter,
Traditions militaires, jeunesse et fidélité.
D'autres s'étonnent, pourquoi s'en soucier ?
On ne fera pas taire les Officiers.
II
La Promotion nouvelle saura garder
De ses Anciens l'exemple et la fierté.
III
France, O mon beau pays, tu peux espérer.
Tes murs détruits seront bientôt relevés !
I
Le vent du large fait claquer nos couleurs
Et vient remplir de joie plus pure nos coeurs.
Refrain
Landes bretonnes, écoutez chanter,
Traditions militaires, jeunesse et fidélité.
D'autres s'étonnent, pourquoi s'en soucier ?
On ne fera pas taire les Officiers.
II
La Promotion nouvelle saura garder
De ses Anciens l'exemple et la fierté.
III
France, O mon beau pays, tu peux espérer.
Tes murs détruits seront bientôt relevés !

