École militaire de STRASBOURG
23e série - 1959-1960

Le départ de l'École pour le défilé du 11 novembre 1959
Rappel historique
La 23e série de Strasbourg est la 1e série de l'Ecole Militaire de Strabourg (EMS). Les séries précédentes (de la 19e à la 22e) étaient attachées à la même école mais qui portait alors le le nom de "École des sous-officiers de Strasbourg". Toutes ces séries avaient pour objectif la préparation au concours d'entrée à l'E.S.M.I.A. à Coëtquidan.
Le Peloton Préparatoire de Strasbourg - Ils témoignent
La quasi-totalité des élèves-officiers constituant le 2e bataillon de la Promotion "Jeanpierre" est passée par l'École militaire de Strasbourg au titre de la 23e série du PPESMIA. Leurs successeurs intégreront non plus l'ESMIA mais l'EMIA. Cette série avait reçu pour parrain le général Stirn. Composée de 6 brigades, dont une "d'admis à redoubler", elle comprenait des officiers de réserve et des sous-officiers, tous porteurs de la tenue et des galons (du grade de lieutenant à celui de sergent) de leur Arme d'appartenance ; les officiers de réserve avaient démissioné temporairement de leur grade et rengagé comme sous-officiers pour une pèriode de deux ans, afin de satisfaire à la tradition d'une "école de sous-officiers". De façon à dépasser le clivage qui aurait pu exister devant les origines d'Armes et de grades très diversifiées, tous les élèves portérent très rapidement un "alpha" sur fourreau de couleur bleu école, ce qui assura l'uniformité et la cohésion souhaitables de cet amalgame, facilitant ainsi des rapports confiants de camaraderie.
Le régime était celui de l'internat, avec possibilité de poser une permission le week-end. Les élèves mariés, domiciliés à Strasbourg, ne purent rentrer chez eux en semaine qu'à partir du mois de mars. La seule servitude était la garde au poste de police, de nuit, dont les majors et chefs de section élèves étaient exemptés.
Les candidats au concours de l'ESMIA, accessoirement au Concours unique des sevices, répartis en séction (deux par brigade) de vingt-cinq élèves, de niveau homogène, allant du baccalauréat complet au BEPC, reprirent une scolarité dont le programme était conforme aux épreuves générales, physiques et militaires exigées. Seule la 4e brigade, composé de sous-officiers d'origine nord-africaine, suivit un contenu différent, sorte de concours parallèle leur permettant d'accéder à Coët.
Ce fut une année d'intense préparation, sous la devise chère au général de Lattre : "S'élever par l'effort" (S et K - souffre et potasse, dans le langage des élèves).
Michel Sauvée - 2007 - "Entre guerres et paix"
L'École de Strasbourg, une chance donnée un jour par un futur Maréchal de France, de Lattre, à quelques jeunes sous-officiers d'active et jeunes officiers de réserve de porter le Grand U et d'être saint-cyrien! De cette formation, il faut retenir son aspect pédagogique : arriver à partir d'individus aux parcours très variés, tant par l'Arme d'origine que par le grade et l'expèrience vécue, à créer rapidement un groupe homogène. Il fallait très vite "oublier" d'avoir été sergent, sergent-chef, chef de section, d'avoir quelques expériences de combat. Je me souviens en particulier d'un sous-officier de transmission, ancien du Bataillon français de Corée, qui avait participé à la fameuse bataille de la Cote racontée par Lartéguy dans les "mercenaires", et qui fut comme les autres, bizuté par les élèves du 1e Bat. Cette immersion, ce retour aux sources étaient très impressionnants. Deux d'entres nous étaient décorés de la légion d'honneur. Il me reste à l'esprit le moment où, à l'occasion de défilés ou cérmonies, le chef de section avant la séance venait saluer sur les rangs la Légion d'honneur ornnat la poitrine de l'élève officier concerné, ce qui ne l'empêchait pas, quelques instants après, de sermonner copieusement l'intéréssé.
Rober Boudet - 2006 - "Entre guerres et paix"
J'ai préparé le concours à Strasbourg et suis arrvé à Coët à ... vingt six ans. Vingt-six ans? Alors que j'étais mineur quand j'ai revêtu mon uniforme d'ESOA/PDL, et toujours mineur quand je suis parti pour l'Algérie en 1955. Mais à l'époque, on était mineur assez longtemps. Et la route est longue qui mène en Bretagne !
Cette vie antérieure a certainement influencé notre état d'esprit d'arrivée à Coët. Après Strasbourg, Coët c'était le bonheur... Strasbourg avait été "l'enfermement". Dur après la vie de petits chefs que nous venions de connaître. Pour des responsables de trente à quarante hommes, une quinzaine de véhicules, livrés un peu à eux-mêmes dans des espaces sans limites, le retour à l'École était une terrible épreuve... Après ces chevauchées dans des territoires arides, isolés, déserts où nous étions un peu les maître, volià que la route qui mène en Bretagne doit passer par Strasbourg. Pour nous, Strasbourg c'est le retour sur les bancs de l'école, les sentinelles de garde, les corvées, les parquets à briquer au tesson de bouteille, les piquets d'honneur, les défilés. Nous les ressentions comme un choc, alors que c'était un retour à la normale. Mais où sont les oliviers et les cactus, les mechtas et les bordjs, et les oueds où l'on se tapissait la nuit en embuscade, les fesses dans l'eau?
Après cet éprouvant épisode Strasbourgeois, Coët c'est presque la délivrance, le début de la gloire. Les bahutages? Des brimades jugées parfois un peu humiliantes, mais cela fait partie du "paquetage" du saint-cyrien. La discipline, les tenues de campagne, le maniement d'armes? Pénible. Mais le shako est enfin là sur le coin de l'armoire. Le Casoar respire dans son cylindre réglemetairement et traditionnellement percé. En fait, on est heureux, à en oublier que la route était longue qui mène en Bretagne. On pense que demain c'est Noël, et qu'ensuite, en Grand U, on ira faire danser notre maman. Pour elle aussi c'est un accomplissement, et la route a été un peu remplie d'inquiétude qui mène en Bretagne. Et après demain, avec notre premier galon sur une epaulette rutilante, l'avenir sera à nous.
Antoine de Pothuau - 2005 - Extrait de "Entre guerres et paix"

